Créer un personnage : la théorie des humeurs

Hippocrate peut vous aider à plus d’un titre. Peut-être en vous rappelant qu’il est bon de manger sainement, mais aussi (et c’est ce qui nous intéressera ici) en nous décrivant des caractères à la mode antique. C’est délicieusement dépassé, mais potentiellement utile pour dépasser la page blanche !

Cet article est le premier d’une petite série au cours de laquelle je proposerai quelques outils que j’utilise parfois pour créer des personnages de fiction.

Celui qui repose sur la théorie des humeurs est de loin le plus simple. Il trouve rapidement ses limites mais peut se révéler utile pour des histoires basiques comprenant peu de personnages, ou en y ajoutant des nuances personnalisées.

La base de la théorie

Que dit-elle donc, cette théorie des humeurs ?

D’après ces médecins antiques, chaque être humain voyait en son corps évoluer quatre fluides (les humeurs), dont l’équilibre ou le déséquilibre influait sur le caractère.

Ces humeurs sont les suivantes :

  • Le sang, qui est produit par le foie et propagé par le cœur (il confère un caractère sanguin, jovial, chaleureux) ;
  • La pituite, phlegme ou lymphe, qui est rattachée au cerveau et donne un caractère lymphatique ou flegmatique ;
  • La bile jaune, qui comme le sang vient du foie, responsable d’un caractère enclin à la violence ;
  • L’atrabile ou bile noire, venant de la rate et favorisant le caractère mélancolique ou anxieux.

Ces fluides sont rattachés aux classiques quatre éléments que sont l’air, l’eau, le feu et la terre. Voici un schéma repris de wikipedia montrant ces relations :

Quels sont donc les caractères majeurs qu’on peut en tirer ?

  • Le bilieux (feu, chaud et sec) qui est enclin à la colère ;
  • L’atrabilaire (terre, froid et sec), triste et chagrin ;
  • Le flegmatique (eau, froid et humide), pour une personne calme et imperturbable, qui garde son sang froid (presque apathique) ;
  • Le sanguin (air, chaud et humide), d’humeur gaie .

Comment l’interpréter ? On peut commencer par noter qu’aujourd’hui, on pourrait facilement considérer qu’un caractère sanguin n’est autre qu’un caractère colérique. Afin d’éviter toute confusion, décrivons un peu plus en détail chacun de ces profils. Bien sûr, on pense ici “création de personnage” donc on ira volontiers vers des stéréotypes (physiques et mentaux). De même, sur la base des mots “tempérament” et “caractère” on va surtout parler au masculin, mais cela conviendrait tout à fait pour des personnages féminins.

Avertissement !
Assez étrangement, en creusant un peu le sujet, je me suis aperçu qu’il était toujours perçu comme pertinent par pas mal de monde, et ce sur un large spectre, allant du développement personnel un peu hippie à… la gestion de ressources humaines ! (si, si) Je me suis donc inspiré de toutes ces thèses plus ou moins fantaisistes pour étoffer la description des tempéraments. Même si je vous déconseille toujours de chercher à pratiquer la saignée pour rééquilibrer vos humeurs, encore une fois ces informations complémentaires pourront alimenter des personnages plus détaillés.

Le tempérament bilieux

C’est donc le colérique. Au niveau du caractère, on a quelqu’un de volontaire, qui aime se donner des buts et tout faire pour les atteindre. Il dégage une impression de force et de contrôle. Son sérieux, son énergie, sa discipline, son courage et son efficacité en font une personne solide qui peut atteindre des sommets. Il aime diriger et n’hésite pas à prendre des décisions.

Mais, dur sur le plan mental, il peut aussi faire preuve d’impatience, de cynisme et d’orgueil. Son ambition peut aller trop loin. Toujours à l’affût, il a tendance à voir des difficultés partout en les amplifiant exagérément. Très susceptible, il peut prendre à cœur une remarque apparemment insignifiante.

Sur le plan physique, on peut l’imaginer musclé, énergique, tonique ! Un regard autoritaire, perçant. La voix est calme, douce et posée. La poignée de main peut néanmoins être légère et peu avenante. Beaucoup de goût dans la façon de s’habiller.

Son métier idéal (là j’avoue c’est un peu pour me moquer de certaines pages de RH, mais autant y aller à fond, c’est drôle) : responsable qualité, publicitaire, marketeur, superviseur.

Le tempérament atrabilaire

C’est le nerveux, l’imprévisible ! Son comportement peut changer très rapidement. Il peut s’agir néanmoins d’une personne rigoureuse appréciant que les choses soient claires et précises.

Cela reste un caractère sensible et empathique, facilement affecté par le situation personnelle des uns et des autres, mais du coup capable en même temps de procurer une bonne écoute et de l’aide.

Sensible au stress et à la pression, il peut perdre ses moyens dans ces conditions, voire passer de crises de larmes à des actes de violence verbale ou même physique. D’une grande capacité intellectuelle, il est rapide, minutieux et plein de finesse. Très clairvoyant, il se fait rapidement un jugement, souvent juste, du monde qui l’entoure.

Physiquement, on a des yeux toujours en mouvement (comme s’il voulait regarder un peu tout et partout à la fois). Un corps généralement petit ou mince, avec une musculature et une ossature peu prononcées. Les mains et les pieds sont souvent en mouvement. Une poignée de main sèche, brève et pleine de vigueur.

Domaines professionnels idéaux : gestion, comptabilité, statistique, audit d’entreprise, manutentionnaire (pour produits légers seulement, attention), horlogerie.

Le tempérament flegmatique

Ce caractère lymphatique, calme, aime le repos, la relaxation, voire l’inactivité. Il peut sembler insensible au stress lié au monde qui l’entoure. Il n’aime pas prendre des décisions, et peut se montrer souvent distrait (et peu ponctuel).

Ce tempérament est doux, ne perdant que rarement son sang-froid. Rien ne semble pouvoir le perturber. Patient et souple, rien ne semble pouvoir

Au niveau physique, on a une peau souvent enrobée de graisse, une impression générale de mollesse, une voix monotone (tout comme la poignée de main). Les vêtements sont souvent négligés, et le regard ne se fixe jamais bien longtemps sur un objet ou une personne.

Les tâches professionnelles qu’on pourrait leur confier avantageusement : veille concurrentielle, rapports (collecte et classement de données), synthèses, adjoint de direction, service après-vente…

Le tempérament sanguin

Un caractère gai porté vers l’action et les plaisirs de la vie. Celui qu’on qualifierait de bon vivant. Plutôt physique qu’intellectuel, le sanguin est très soucieux de son image. C’est aussi un tempérament égocentrique qui a besoin de l’attention de ses semblables. Plus heureux devant un public, il est gai, généreux, serviable, enthousiaste et sociable.

C’est un tempérament qui peut être amené à exagérer les choses, voire à mentir. Il peut s’emporter et agir avec précipitation. Rarement par méchanceté, ceci dit, et il essaiera plutôt de propager la joie autour de lui.

Un physique puissant et enveloppé, dégageant souvent une impression d’euphorie. La voix est avenante et chaleureuse, c’est un bon orateur. Ce tempérament accompagne souvent ses propos de gestes.

Les boulots préférés du sanguin (je ne m’en lasse pas) : commercial, avocat, formateur, fonctions d’accueil, vigile…

Influence des étapes de la vie

Suivant la théorie des humeurs, l’être possède une chaleur maximale au début de sa vie, qu’il perd peu à peu pour devenir un vieillard froid. En effet, lorsque l’absence de chaleur rend difficile les échanges et mélanges de fluides, le sujet décède.

Comment s’en servir ?

Pour pratiquer régulièrement le jeu de rôle, j’ai tendance à volontiers utiliser les dés pour gérer des tirages aléatoires. Vu qu’ici il y a quatre profils de base et que tout le monde ne possède pas forcément des dés à quatre faces… sachez qu’il existe dans le pire des cas des tas de sites internet vous proposant de réaliser des jets de dés en ligne.

Comment procéder, donc ?

Je vous laisse gérer l’attribution du genre du personnage, qui n’est pas des plus complexes. Voyons pour le tempérament.

Tirer aux dés

Nous allons procéder à deux tirages. Le premier définit le caractère principal du personnage. Le deuxième permettra d’affiner et varier ce caractère (ou le renforcer si on tombe deux fois sur la même humeur).

Table de tirage d’un tempérament :
1 – bilieux / colérique, impatient, cynique, volontaire, compatissant
2 – atrabilaire / nerveux, anxieux, sensible, empathique
3 – lymphatique / flegmatique, passif, doux, patient, souple
4 – sanguin / narcissique, égocentrique, gai, avenant, sociable

Si vous tirez une première fois un 2, puis une deuxième fois un 3, vous obtenez un personnage à dominante anxieuse, doublée d’une certaine passivité. Beaucoup de personnages de comédies américaines démarrent comme ça (par exemple celui de “40 ans, toujours puceau”). Si ça avait été 2 puis 1, cette dominante anxieuse aurait été accompagnée d’un sentiment volontaire, ce qui peut donner quelqu’un qui se dépense dans des actions caritatives qui lui tiennent à cœur (si c’est une personne vraiment inquiète devant l’appauvrissement de la population ou je ne sais quoi).

Un tirage double, du type, 1 puis 1, se contentera de renforcer ce qui a été obtenu, quitte à s’arrêter juste avant la caricature. Rien n’empêche de prévoir aussi un état initial et un état final à atteindre.

La progression de caractère

Chaque tempérament a ses qualités et ses défauts. On peut générer une dynamique de progression de la manière suivante.

Lors du premier tirage, on prend quelques qualités et quelques défauts du caractère trouvé. On a une base. Fort bien !

Lors d’un second tirage, on obtient le gros souci à résoudre du personnage. Donc ici on ne prend que les défauts de ce deuxième caractère.

Au cours de l’histoire, soit le personnage devra corriger ce ou ces défauts, et les remplacer par les qualités du même tempérament secondaire. Vous pouvez aussi procéder à un troisième tirage pour déterminer les objectifs de qualités à atteindre dans tel ou tel tempérament.

Bien sûr, certaines transitions de caractères seront plus naturelles que d’autres. Essayez de trouver une solution qui convienne avec les tirages obtenus, mais si cela ne fonctionne pas, vous pouvez bien vous autoriser à relancer les dés une fois ou deux (en plus c’est drôle).

Sources

La base : https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_des_humeurs

Des conseils médicaux probablement discutables mais bon ça revient à respirer de l’huile donc j’imagine que c’est pas bien dangereux : https://sesoignerautrement.net/quel-est-mon-temperament/

Une vraie tranche de lol du management : http://www.gestion-des-ressources-humaines.fr/Articles%20psycho/Temperaments.html