Déjà six nouvelles écrites cette année, de qualité variable et discutable ! Allons, en voici une que j’aime assez pour la partager tout de suite 🙂

Les autres attendront que je les remanie un peu plus, sans doute. Et donc, on parle d’ici d’une nouvelle écrite dans le cadre d’un Défi Bradbury mené en petit comité au sein d’un serveur Discord. Un thème est proposé pour chaque semaine. Ici, c’est ma nouvelle pour la semaine 4, le thème à utiliser : Trace. Son titre : Trois, deux, un, douze. C’est parti !

Trois, deux, un, douze

Henriette persévérait, faisant les cents pas sur ce petit bout de champ que ses collègues lui conseillaient d’abandonner. Le compteur Geiger qu’elle tenait en main s’agitait fort peu, même lorsqu’elle le plaçait au plus près du sol. Pourtant l’herbe couchée rappelait certains cas d’atterrissage supposés. Du moins, sur les dossiers auxquels pensait Henriette, le voisinage avait aperçu un engin se poser, et des relevés visibles — déformation et brûlure de la végétation — et invisibles — taux de radiation anormaux — avaient pu être faits.

Contributrice bénévole auprès de la SEPRA (Service d’Expertise des Phénomènes de Rentrée Atmosphérique, anciennement GEPAN), Henriette, astronome à la retraite, était accompagnée de Paul et Marc, deux autres anciens chercheurs, respectivement dans l’astrophysique et la géologie. Tout ce petit monde donnait de son temps pour l’organisme créé par la CNES, disposant de faibles moyens.
Leur positionnement partait bien sûr d’un scepticisme nécessaire, qui reléguait la plupart des dossiers dans la corbeille des phénomènes explicables. Mais parfois… parfois, même une enquête approfondie ne permettait pas d’éclairer le déroulement des évènements.

Ici, pas moins de quatre témoins affirmaient avoir vu un « OVNI » vers 23h40 deux nuits auparavant, et ce depuis trois points différents. Un couple en balade depuis un sentier de randonnée, un habitant de villa depuis son jardin, et une habitante d’appartement depuis sa fenêtre en bordure de commune.

Et les observations concordaient ! Elles concordaient toutefois d’une drôle de manière : tout le monde décrivait une soucoupe volante en forme de cigare triangulaire. Marc, quelque peu habitué au dessin, essayait toujours de reproduire ce qu’avaient pu mémoriser les témoins. Mais que faire d’une soucoupe qui aurait en même temps la forme d’un cigare et d’un triangle ? C’était comme si les visions de PAN (Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés) les plus populaires s’étaient vus fusionnées en une seule. Mais comment pouvait-on voir une telle forme ? Qui plus est chez plusieurs personnes ne s’étant vraisemblablement pas concerté avant ? La piste du canular restait possible, à vrai dire de plus en plus plausible, mais Henriette ne comptait pas lâcher l’affaire prématurément.

Alors que la nuit commençait à tomber et que les deux gaillards s’apprêtaient à lui demander une dernière fois d’arrêter, la chercheuse poussa son Eureka :

« BINGO ! J’ai une trace ! »

Les autres s’approchèrent. On passa et repassa le compteur sur la toute petite zone qui indiquait un rayonnement radioactif important. En effet, c’était extrêmement localisé mais aussi très puissant, comme provenant de sous terre. Bien vite, Marc prit ses outils pour creuser en cet endroit. Le niveau de radiation n’avait rien de dangereux, et l’endroit n’avait rien d’un site archéologique sensible. Rapidement, un trou d’une cinquantaine de centimètres permit de constater que le relevé était encore plus puissant quand on plaçait le compteur au plus près du sol fraîchement découvert.

L’excavation fut approfondie, et les relevés continuaient de se montrer de plus en plus prometteurs. Les trois bénévoles finirent par se relayer pour creuser plus vigoureusement et plus longtemps. Bientôt, on atteignit, au bout de presque un mètre cinquante, une couche dure qui stoppa la pelle. En élargissant le trou, le trio trouva ce qui ressemblait à un jouet.

De la taille d’un frisbee, ce petit engin métallique paraissait en effet tout droit sorti d’un magasin de vieux jouets des années cinquante. En 1991, on ne fabriquait plus vraiment ce genre de chose, assurément, mais tout de même la chose paraissait neuve, et très finement décorée. Le compteur Geiger s’affolait à son contact, à tel point que les explorateurs de l’inconnu finirent par prendre leurs distances avec cette chose potentiellement dangereuse.

Se pouvait-il qu’il s’agisse de l’objet volant aperçu par le voisinage ? Il était si petit ! Et comment se serait-il enfoui si rapidement sans laisser la trace du moindre trou dans la terre ?

Tous et toutes s’exprimèrent en même temps :
HENRIETTE : « Un cigare ! »
MARC : « Une soucoupe ! »
PAUL : « Un triangle ! »

Les trois se regardèrent, interloqués. Puis, observant à nouveau l’objet toujours posé au sol :
HENRIETTE : « Un triangle. »
MAC : « Un cigare. »
PAUL : « Une soucoupe ? »

Leurs yeux se voyaient dépassés par ce petit objet qui, sans donner l’impression de changer de forme, imprimait dans leurs esprits plusieurs interprétations en parallèle.

Avant de pouvoir défaire ce nœud dans leurs cerveaux, les aventuriers d’un soir virent l’objet s’élever dans les airs, alors qu’un léger vrombissement se faisait entendre. Puis le supposé « vaisseau spatial » émit d’autres sons plus secs et intenses. On aurait presque pu croire qu’il s’agissait d’un klaxon intersidéral !

On entendit encore quelques fois ce bruit presque tonitruant — il ne pouvait l’être en raison de la petite taille de son émetteur — puis en une fraction de seconde l’engin grandit jusqu’à faire la longueur de deux éléphants (si chaque éléphant mesurait six mètres de long).

L’augmentation de taille et de volume fut si soudaine qu’Henriette et Marc n’eurent le temps d’effectuer un mouvement de recul. Le haut de leur crâne fut violemment heurté par le bord du vaisseau, les tuant sur le coup. Paul, un peu plus petit, s’en tira, simplement scalpé sur quelques centimètres.

Un bruit d’imprimante matricielle s’échappa du gros engin, et un papier en tomba. Après quoi le triangle cigaro-soucoupéen s’échappa sur une trajectoire le menant manifestement vers l’espace. Son mouvement fut extrêmement rapide.

Paul, hébété, se saisit du papier. Un texte y était écrit en plusieurs langues. Un alphabet inconnu tout d’abord, puis de l’anglais, et enfin du français. Le survivant put lire :

« DE : HEKPLUK MUCUC. À : HUMAINS IDIOTS. MESSAGE : J’AI KLAXONNÉ PLUS DE DOUZE FOIS ET VOUS N’AVEZ PAS RECULÉ. MA CAMÉRA DE BORD POURRA LE PROUVER. C’EST VOUS QUI ÊTES EN TORT. NE ME RECONTACTEZ PAS. À BON ENTENDEUR… »

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